Sandie Clair : « Certaines personnes à la Fédération cachent bien leur jeu »
- Jacques Perrot
- 16 août 2020
- 15 min de lecture
Dernière mise à jour : 3 oct. 2024
Sandie Clair a été poussée vers la sortie par l'équipe de France de cyclisme sur piste à un an des Jeux de Tokyo. Photos Facebook Sandie Clair
Issue d'une famille de cyclistes amateurs, Sandie Clair a succombé, petite, à la passion du guidon et particulièrement à la piste. La jeune sudiste intègre le pôle France de Hyères (83) à 16 ans puis, en 2012 à sa fermeture, rejoint l'Institut national du sport, de l'expertise et de la performance (Insep) à Paris (un an), puis celui de Saint-Quentin-en-Yvelines (deux ans) après son déménagement. Son palmarès* s'étoffe.
Championne d'Europe en vitesse individuelle en 2010, Sandie Clair ne parviendra plus à réitérer les mêmes performances en individuelle dans la suite de sa carrière. Elle se reporte alors à fond sur la vitesse par équipes, épreuve qui a intégré les Jeux en 2012. Après deux olympiades (2012 et 2016) sans éclats, elle se retrouve exclue de l'équipe de France, puis réintégrée en vue des Jeux de Tokyo.
À un an de décoller pour le Japon dans l'optique de participer à sa troisième olympiade – sa dernière -, la Fédération annonce officiellement que la vitesse par équipes féminine ne participera pas aux Jeux, alors que les résultats les situaient dans les quotas de qualification. Une décision dans l’amertume qui poussa Sandie Clair, alors âgée de 31 ans, à prendre sa retraite sportive de haut niveau. Un choc qui réduisit trois années de sacrifice en vain.
À froid, mais toujours remontée, la pistarde revient sur cette blessure douloureuse, son parcours, ses deux olympiades et sur l'après.
Partie 1 : le rêve brisé
Avant la désillusion du retrait de la vitesse par équipes féminine par la Fédération, le chemin pour prétendre participer à ces Jeux fut long, et n'a même failli ne jamais avoir lieu. Les ennuis ont débuté à son retour des Jeux de Rio, à l'été 2016. Sandie Clair, au même titre que les autres cyclistes présents là-bas, est alors exclue de l'équipe de France suite aux résultats décevants. (lire podcast)
Après votre retour des Jeux en 2016 et votre exclusion de l'équipe de France, les entraîneurs et le directeur technique national (DTN) ont été renouvelés un peu plus de six mois plus tard. Le nouveau staff t'a réintégré en équipe de France mais tu n'as pas souhaité retourné au pôle national à Saint-Quentin-en-Yvelines. Peux-tu nous expliquer ce choix ?
« Je ne me suis jamais faîte à la vie à Saint-Quentin-en-Yvelines. C'était très compliqué en tant que sudiste : la météo, les bouchons, les entraînements en intérieur [la piste à Hyères se trouve en extérieur] etc. Ce n'est pas pour moi. J'ai voulu rentrer à la maison car je me sentais plus performante. Quand les nouveaux entraîneurs sont revenus me chercher [début 2017], j'étais déjà sur Hyères et ça ne les a pas dérangés. »
Et n'as-tu pas eu le sentiment de prendre des risques pour la suite en t'entraînant à part ?
« Pas du tout. En redescendant dans le sud, j'ai renoncé à avoir un mécanicien, des massages, un suivi médical etc. J'ai renoncé à tout mais je l'ai fait pour moi et pour ma performance. J'avais des créneaux sur la piste mis à disposition par la communauté d'agglomération. Et mon frère, Cédric Clair [passé également par le pôle France mais a stoppé sa carrière en 2014], m'entraînait bénévolement. Je ne pouvais pas le rémunérer. On a fait ça en famille et c'était très bien. »
Une nouvelle confiance s'installe dans ce cadre d'entraînement propice à combiner bien-être et performance. Le rêve d'une nouvelle olympiade renaît alors.
Le duo pour la vitesse par équipes, composé de Sandie Clair et de l'étoile montante Mathilde Gros, se situe dans les quotas de qualification. La Fédération semble d'ailleurs tant croire en son couple que des objectifs élevés sont annoncés publiquement sur les réseaux sociaux en début d'année 2019. (voir post Facebook ci-dessous)
Vous approuviez ces objectifs élevés ?
« Un moment donné, nous avions des objectifs qui nous avaient été donnés : le carré final. Après ça se joue tellement au millième que je pense que si on avait terminé sixième ou huitième à trois centièmes, que c'était bon... »
« En 2018, on m'avait déjà imposé un ultimatum »
Tout le monde semblait tirer dans le même sens à ce moment-là...
« Pas vraiment. En 2018, on m'avait déjà posé un ultimatum. Il fallait que je fasse mon record, sinon la vitesse par équipes était arrêtée. J'avais fait mon chrono personnel. Ensuite, on me disait que je ne démarrais pas assez vite, qu'il fallait que je revienne à mon meilleur niveau, j'y reviens, puis toute la saison 2019, on m'a dit que je démarrais trop vite par rapport à Mathilde... Psychologiquement, ils m'ont un peu tué. Parce qu’enfaîte avec Mathilde, nous avons des qualités totalement différentes. Moi je suis très explosive, Mathilde très résistante. Ces deux qualités assemblées ensemble fournissent une très bonne équipe. Le problème, c'est que nos qualités sont tellement éloignées que nous ne sommes pas arrivées à trouver un juste milieu en vitesse par équipes. »
De quelle manière ça a capoté ?
« En juin 2019, il y avait les Jeux européens. Il s'agissait d'une compétition qui ne rentrait pas dans notre calendrier par rapport aux sélections olympiques. Ce n'était pas un championnat d'Europe. Au niveau de la ''gloire'', il n'y avait pas de titre derrière, pas de points pour les Jeux, il n'y avait rien. On savait qu'il y allait avoir du niveau et ça permet aussi de se mesurer mais elle n'avait rien d'importante en soi. Deux mois avant ce rendez-vous, la Fédération me contacte pour préparer le planning pour la saison suivante. Lors de cet entretien, j'ai appris avec les entraîneurs nationaux que les élus de la Fédération ne voulaient plus de la vitesse par équipes. ''On s'est battu pour avoir une dernière chance aux Jeux européens'', m'avaient-ils dite. »
Du jour au lendemain, les Jeux européens deviennent « l'objectif de ma carrière ».
Quelle était la condition ?
« On m'annonce que si on ne fait pas notre record, ce sera fini, fini, fini. Mathilde Gros n'y croyait pas non plus à la fin de la vitesse par équipes. On s'est dit qu'ils nous disaient cela uniquement pour nous mettre la pression, ils savaient très bien le faire. Cette compétition qui n'était pas l'objectif de ma saison est devenu l'objectif de ma carrière. »
Dans sa réaction d'après course (keirin) aux Jeux européens à l'Équipe, Sandie Clair explique qu'elle a aussi fait de cette compétition « un objectif de saison. » À la lecture de l'interview, son discours prend tout son sens.
Comment expliques-tu ce revirement de situation ?
« Ce n'est pas les élus qui ont pris cette décision, je me suis renseignée quand même. Ça m'étonnait fortement que des élus, des personnes qui ne soient pas sur le terrain, imposent des chronos. C'est un peu impensable. On était quand même loin des meilleures mais le problème, c'est qu'il y a certaines personnes à la Fédération qui cachent bien leur jeu et qui, au final, n'étaient pas du tout favorable à cette vitesse par équipes. Ils ont tout fait pour qu'elle s'arrête. (elle se reprend) En tout cas, elles n'ont rien fait pour que ça réussisse. Ce que je n'ai pas apprécié, c'est qu'ils n'ont pas assumé en mettant la faute sur les élus qui n'y sont pour rien. Je ne veux pas mettre tout le monde dans le même panier car il y a des gens très bien à la Fédération, il y en a même qui m'ont soutenue. Par contre, il y a une personne qui a tout fait pour, qui tire un peu les ficelles. Et c'est dommage que d'autres personnes se laissent un peu influencer. Par la suite, le DTN a validé cette décision. Il a fallu gérer émotionnellement car j'étais énervée comme jamais. Je ne dormais pas forcément bien. Ce n'est pas facile de jouer toute sa carrière sur une course. Qui plus est ne dépendait pas que de moi. »
À l'approche des Jeux européens, ses mots sont forts sur les réseaux sociaux. Elle évoque alors « un flingue pointé sur ma tempe. »
« Ils n'ont pas voulu que ça fonctionne »
La compétition a été préparée de la meilleure des façons ?
« Avant les Jeux européens, on me demande de monter sur Paris en stage pour travailler en vue de la compétition, et mettre toutes les chances de notre côté. Je monte, on ne fait qu'une séance d'entraînement ensemble... Et quand je discute un peu autour, je vois bien que personne n'a préparé cette compétition. Comment c'est possible d'y faire une performance dans ces conditions ? Ce n'est pas la faute des athlètes. Au fond, je pense qu'ils n'ont pas voulu que ça fonctionne. »
Des performances aux Jeux européens très éloignées des attentes et des discussions stériles avec les décideurs de la Fédération : et voilà la vitesse féminine par équipes française qui doit dire adieu à son espoir de rallier le pays du soleil levant. Une décision sans précédent.
« Je ne comprends pas comment on peut être à la tête de l'équipe de France et ne pas porter ses couilles »
On peut imaginer que tu ne partageais pas leur pessimisme...
« C'est sûr! On avait une belle carte à jouer, je suis persuadée. C'est dommage qu'on ne l'ait pas exploitée. Il y avait tellement de choses à améliorer, on aurait pu gagner du temps juste sur la technique. Peut-être pas jusqu'à la médaille, mais on aurait pu avoir de meilleures résultats. Au delà de la décision, je n'ai pas apprécié la façon dont ça s'est fait. Il faut dire les choses, ne pas se cacher. Je n'aime pas ça les gens qui se dédouanent, qui ne prennent pas leurs responsabilités. Je ne comprends pas comment on peut être à la tête de l'équipe de France et ne pas les prendre, ne pas porter ses couilles. Après chacun vit avec sa conscience mais bon... Psychologiquement, ils m'ont tué. C'est un soulagement de ne plus être avec des personnes comme ça. »
Et une participation aux Jeux uniquement en keirin était inenvisageable ?
« Si la vitesse par équipes se qualifiait, j'étais automatiquement qualifiée aux épreuves individuelles, dont le keirin. Comme à Rio, ça n'aurait été pour moi que du bonus. J'étais focalisée sur la vitesse par équipes. J'aurais vraiment aimé participé une troisième fois aux Jeux. »
L'oubliée de la newsletter de remerciements
Cette décision signifiait qu'entre l'équipe de France et toi, l'histoire était finie?
« La fédération m'a dit mot pour mot : '' On ne t’emmènera pas aux Europe, on ne t'emmènera pas en Coupe du monde, on ne t'emmènera pas aux championnats du monde et on ne t'emmènera pas aux Jeux. Mais on n'arrête pas ta carrière.'' Pour eux, je pouvais toujours participer à des grand prix internationaux, aux France ou à des courses régionales sous les couleurs de mon club. Pour moi, dans la logique de ma carrière, c'était de continuer à aller sur les plus grandes compétitions. Même si je me serais arrêter après Tokyo. »
Une carrière qui avait pourtant débuté sur un beau clin d’œil, avec une intégration au pôle France « un peu par chance. » (lire podcast)
Comment se sont passés les adieux ?
« Ils ne m'ont même pas remercié pour ma carrière. Ils ont remercié Laurie Berthon et Pascal pour leurs médailles sur une newsletter, mais moi non. »
Sandie Clair a annoncé sa retraite sportive sur les réseaux sociaux le 29 juillet 2019.
Une délégation française avec « seulement les 40 athlètes médaillables » ?
Plus largement, tu as expliqué dans ton post Facebook annonçant ta retraite sportive que, si les fédérations raisonnaient qu'en emmenant les athlètes médaillables, il ne servait à rien d'y envoyer les autres.
« Mais oui, il y a 300/400 athlètes qui vont aux Jeux, une quarantaine reviennent avec une médaille. Si on ne prend pas tous les athlètes qualifiés mais seulement les médaillables, la délégation ne part alors qu'avec 40 athlètes ? Et si je vais même plus loin, avec le patineur des Jeux d'hiver, Steven Bradbury... Il est toujours derrière, tout le monde tombe, il est champion olympique le mec ! Il faut de la performance, je suis pour, évidemment qu'on ne va pas attendre les erreurs des autres pour gagner. Mais aux Jeux, avec toute la pression, il peut se passer tellement de choses... Il y a des personnes, jamais on aurait penser qu'elles soient médaillées, donc jamais on les aurait emmenées ? »
En effet, comme en atteste le graphique ci-dessous, ils ne sont qu'en moyenne - sur les trois dernières olympiades d'été - qu'un athlète tricolore sur dix à revenir avec une médaille.
Penses-tu tout de même suivre les Jeux de Tokyo à distance ou c'est trop dur ?
« Je ne sais pas du tout. Je ne sais pas du tout comment je vais pouvoir réagir. À l'heure actuelle (entretien mi-mars), je ne pense pas être passée à autre chose. Déjà, quand la saison sur piste a été lancée avec les Europe, j'ai eu un petit coup de mou parce que je me dis que j'aurais dû y être. Après ça a été car je suis quelqu'un qui rebondit très rapidement, heureusement pour moi. »
Partie 2 : les Jeux Olympiques
« Les émotions aux Jeux... Je n'ai même pas les mots. »
Pour toi, que représentent les Jeux olympiques ?
« C'est vraiment exceptionnel. C'est vraiment un truc... (réflexion) c'est là qu'on ressent qu'on est une équipe de France. Il y a tellement d'athlètes, on ne se connaît pas tous, mais on fait de belles rencontres et on est tous très très soudé alors que pour certains, on ne se connaît pas du tout. Les émotions... Je n'ai même pas les mots. En revanche, plus petite, c'est bizarre mais je voulais surtout gagner les courses qui se profilaient devant moi. L'objectif des Jeux est venu au fur et à mesure. C'est monté crescendo. Je me suis pas dite à 10 ans : ''je veux être championne olympique''. J'y suis allée, malgré moi, par étapes. Je reste ambitieuse mais je me fixe des objectifs qui restent à ma portée. »
Petite, Sandie Clair se concentrait sur l'échéance à venir. Le rêve des Jeux n'est venue que par la suite.
Qualifications pour Rio, « c'était très très chaud »
À quel moment t'es-tu sentie capable d'y aller ?
« Il faut savoir que la vitesse par équipes n'a fait son apparition qu'en 2012 aux Jeux. Avant, il n'y avait que la vitesse individuelle et une seule représentante par nation. C'était hyper limitée. À cette époque-là, je n'avais pas le niveau en individuelle pour aller aux Jeux. Même aux championnats du monde, je ne faisais pas partie des meilleures. Sur la saison 2010/2011, j'ai eu comme un déclic. J'ai été championne d'Europe en vitesse individuelle ainsi qu'en équipes et 4e en keirin. De là, j'ai pris confiance en moi. Les Jeux me semblaient dans la poche, je n'avais aucun stress à me dire que je n'irai pas aux Jeux. Il n'y avait pas de raisons.»
Qu'as-tu retenu de tes premiers JO ?
« J'étais très déçue de mes résultats sportifs. En 2012, je marchais très bien en individuelle mais je ne suis parvenue qu'à me qualifier qu'en équipes. Je ne l'ai pas bien vécu. Sur les plus grosses échéances, je tournais toujours avec Clara Sanchez mais elle a préféré se concentrer sur le keirin. On ne sait pas ce qui aurait pu arriver. Je trouve ça un peu dommage qu'elle ait réagit comme ça de ne pas la faire. J'ai participé à la vitesse par équipes avec Virginie Cueff (représentante française de l'individuelle), c'était très bien. Je sais qu'elle s'est donnée à fond. On a fait le résultat que l'on a fait (6e), j'étais déçue de moi-même car je n'ai pas fait de performance sur mon chrono personnel. Je m'en veux un peu par rapport à Virginie, à l'équipe car le résultat était en deçà de ce qu'on espérait. »
En 2012 à Londres, Sandie Clair est sortie déçue de sa performance sur la vitesse par équipes.
« Les conséquences de quatre années de merde... »
Dans quelles conditions as-tu abordé l'olympiade suivante à Rio ?
« En 2016, c'était complètement différent parce que pendant quatre ans, c’était compliqué. J'ai changé quatre fois d'entraîneurs, et à part avec Florian Rousseau, ça ne s'est pas bien passé. Je me suis accrochée car ce n'était pas possible que les Jeux se passent sans moi. Mentalement, j'ai vraiment été forte parce que j'ai réussi à me qualifier - enfin on a réussi avec Virginie Cueff et Olivia Montauban car il s'agissait de la vitesse par équipes - pour Rio. Pour moi, c'était impensable de ne pas aller aux Jeux. C'était très très chaud pour la qualification, on passe pour trois points (points accumulés sur deux ans). Là-bas, Mon chrono n'a pas été extraordinaire, je pense que cette contre-performance n'est autre que les conséquences de ces quatre années de merde... Pendant ce temps-là, les autres équipes progressaient. »
Partie 3 : le haut niveau, quotidien et sacrifices
« Obligée d'avoir un métier à côté pour pouvoir vivre »
Jusqu'où avais-tu poussé tes études ?
« Je suis allée jusqu'au baccalauréat, c'était même pas un minimum. Mon but, c'était de gagner les compétitions. J'avais réellement la tête dans le guidon, au sens propre comme figuré. Pour moi, le minimum c'était un bac+2. Je ne savais pas ce que je voulais faire donc ça a été vraiment compliqué. J'ai fait quatre mois à l'université puis j'ai arrêté mes études. J'ai trouvé un emploi à la gendarmerie et c'est aussi pour ça que j'ai lâché mes études. Le but, c'était d'avoir quelque chose à côté : des études ou un emploi. La gendarmerie me permettait, qu'au cas où il m'arrive un pépin, comme une chute, que je puisse avoir ça à côté. »
La tête dans le guidon, ici lors des championnats du monde 2019.
Être athlète de haut niveau te suffisait-il pour vivre ?
« J'avais à manger dans mon assiette quoi. J'étais obligée d'avoir un métier à côté pour pouvoir vivre. J'avais un contrat rémunéré avec la gendarmerie de 2008 à 2013, renouvelable jusqu'à cinq ans maximum avant de devoir passer le concours de sous-officier mais en le passant, je n'aurais plus eu d'emploi du temps aménagé. Durant ces cinq années, j'étais gendarme adjoint volontaire. C'était le même contrat qu'avait eu Alain Bernard pour les athlètes qui sont à l'armée. J'étais libre pour tous mes entraînements. Je n'étais pas appelée sur le terrain, ma mission consistait à remporter des médailles et de représenter la gendarmerie et ma nation. C'est une belle famille. J'avais aussi un contrat jusqu'en 2018 avec des magasins de prêt-à-porter qui me rapportait le Smic (salaire minimum interprofessionnel de croissance). Ensuite, j'étais au chômage (environ 900 euros). »
Pas de salaires de la part de la Fédération et des primes de compétition très réduites
Pas de primes de compétition ?
« Il n'y a pas de primes de compétition, sauf si tu es championne du monde, et sont aussi limitées en Coupe du monde. L'année dernière, par exemple, on fait deuxième en coupe du monde de vitesse par équipes (sur l'étape de Cambridge), j'ai dû ressortir avec 200 euros. La seule prime que l'on a, c'est lorsqu'on participe aux Jeux, mais elle ne vient pas de la fédération, elle vient du comité national olympique. »
Rien de la part de la Fédération ?
« On a des aides par rapport à la fédération mais ce n'est qu'une ou deux fois par an et ça ne permet pas de vivre toute l'année. Le montant dépend de plein de paramètres (en formation ou non, salaire dans son métier à côté...). Lorsque nous étions en compétition, nous étions pris en charge de A à Z (les déplacements, l'hôtel, la nourriture etc.), la Fédération ne nous rémunérait pas de salaire. Ni pour nous trouver un logement ni pour payer le loyer. »
À côté de son statut de sportive de haut niveau, Sandie Clair devait se débrouiller pour gagner sa vie financièrement.
Tes 900 euros te permettaient-ils de t'entourer d'un encadrement afin de te préparer au mieux aux Jeux ?
« Avec mon frère on s'est débrouillé. S'il y avait un soucis mécanique, c'est lui qui s'en occupait. Au niveau massage, je n'en avais pas sauf peut-être un ou deux mois avant une grande échéance où j'allais chez le kiné comme monsieur et madame tout le monde. C'était aussi un choix de ma part, je savais très bien qu'en revenant à Hyères, je n'allais pas avoir les avantages d'un pôle France. Je ne le regrette pas car j'avais retrouvé un niveau que je n'aurais pas retrouvé à Saint-Quentin-en-Yvelines. Durant quatre ans à Paris, c'était la dégringolade alors pourquoi en y restant quatre ans de plus, mon niveau serait remonté ? »
Son projet professionnel a mûri à 24 ans
Quel est ton projet de vie aujourd'hui, depuis l'annonce de ta retraite ?
« Quand je suis remontée à Paris en 2012, je me suis dis qu'avec mes horaires aménagés, il fallait en profiter pour faire des études. C'est là que je me suis penchée sur ce que je voulais vraiment faire. J'avais 24 ans quand je me suis réellement posée cette question et je me suis lancée dans le relooking. J'ai fait une formation pour être conseillère en image en 2015. Il en est découlé un projet où je voulais allier relooking, remise en forme et conseil diététique. Tout le monde ne voit pas le rapport mais c'est une suite logique, ces trois aspects sont liés. C'est pour ça qu'aujourd'hui, je suis repartie sur un Brevet professionnel de la jeunesse, de l'éducation populaire et du sport (BPJEPS) pour être coach sportif et allier cette compétence à mes deux autres diplômes. Il me manquera juste un diplôme en diététique. Pourquoi pas à distance car je ne me vois pas retourner sur les bancs de l'école. »
Dans le sport ou dans le vie de tous les jours, Sandie Clair va de l'avant.
Tu vises une clientèle de sportifs de haut niveau, comme pourquoi pas travailler avec l'équipe de France de cyclisme sur piste, ou plutôt une clientèle plus lambda ?
«Il ne faut jamais dire jamais mais mon projet se porte vraiment sur monsieur et madame tout le monde. Pour l'instant, je n'ai pas envie de rendre service à la fédération on va dire, car c'est encore frais. Je ne l'ai toujours pas accepté, et je pense que je ne l'accepterai jamais. Mais ça reste ma passion alors je me dis que tôt ou tard j'y reviendrai. J'irai là où je m'éclate, il y aura peut-être d'autres opportunités qui s'ouvriront à moi. »
Le besoin de « digérer un peu tout ce qu'il s'est passé »
On peut imaginer te revoir en tant qu'encadrante sur le bord des pistes ?
« Pour l'instant, je n'ai pas envie. Mais comme ça reste une passion, je pense que c'est juste une question de temps, le temps que je digère un peu tout ce qu'il s'est passé. »
Jacques PERROT
Palmarès* dans les catégories jeunes :
Trois fois championnes de France juniors de 2005 à 2006 : une fois en vitesse individuelle et deux fois sur le 500 mètres contre-la-montre.
Huit fois championnes d'Europe juniors et espoirs de 2007 à 2010 : quatre fois sur le 500 mètres contre-la-montre, trois fois en vitesse par équipes et une fois sur le keirin.
Championne du monde du 500 mètres contre-la-montre juniors en 2006.
Palmarès* en Élite :
2007 : championne de Fraace du 500 mètres contre-la-montre.
2008 : remporte la vitesse par équipes en coupe du monde, médaille de bronze au championnat du monde et championne de France du 500 mètres contre-la-montre.
2009 : championne de France du 500 mètres contre-la-montre.
2010 : championne d'Europe de vitesse individuelle, championne d'Europe de vitesse par équipes et championne de France du 500 mètres contre-la-montre.
2011 : vice-championne du monde et championne de France du 500 mètres contre-la-montre, médaille de bronze du keirin au championnat d'Europe.
2012 : 6ème de la vitesse par équipes aux Jeux Olympiques, médaille de bronze en vitesse par équipes au championnat d'Europe et championne de France du 500 mètres contre-la-montre.
2013 : championne de France du 500 mètres contre-la-montre, championne de France de vitesse par équipes.
2016 : 6ème de la vitesse par équipes, 21ème au keirin et 25ème à la vitesse individuelle aux Jeux Olympiques.
2018 : championne de France du 500 mètres contre-la-montre, 2ème en vitesse individuelle et 3ème au keirin.
















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